Du 18 au 22 mars 2026, Chicoutimi s’est une fois de plus transformée en capitale du court métrage. Pour sa 30e édition, le Festival international du court métrage au Saguenay, REGARD, a rassemblé des cinéastes, des professionnels de l’industrie et des festivaliers venus de partout au Canada et à l’international. Pendant cinq jours, la ville a vibré au rythme des projections, des rencontres et des découvertes, confirmant la place du festival parmi les rendez-vous cinématographiques les plus importants en Amérique du Nord. REGARD | 2026
Trente ans d’histoire

Fondé en 1995 par une poignée de passionnés de cinéma saguenéens, REGARD a grandi modestement avant de s’imposer, édition après édition, comme la principale manifestation de ce type au Canada. Ce qui n’était au départ qu’une petite manifestation locale est devenu un événement international reconnu, capable d’attirer des œuvres primées dans les plus grands festivals du monde. En 30 ans, le festival a présenté des milliers de courts métrages, décerné des centaines de prix et contribué au lancement de nombreuses carrières de cinéastes québécois et canadiens.
La pérennité de REGARD tient en grande partie à son ancrage dans la communauté saguenéenne. « Les gens d’ici nous connaissent tellement qu’on n’a pas toujours ressenti le besoin de s’afficher avec de grandes banderoles », explique l’équipe du festival. Cette relation intime avec son milieu est devenue l’une des marques distinctives de l’événement, qui attire chaque année une part croissante de visiteurs venus de l’extérieur de la région. L’événement bénéficie par ailleurs d’un statut qualifiant pour les prix de l’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma : un film primé peut ainsi se retrouver sur la liste des admissibles aux Oscars, comme ce fut le cas pour Fauve de Jeremy Comte en 2019.
Le programme en chiffres
Cette année, 182 courts métrages provenant de 55 pays ont été présentés dans 36 programmes distincts sur cinq jours. Parmi les films sélectionnés, la moitié sont des productions nationales, avec 94 films canadiens, dont 77 québécois. Cette forte présence illustre le rôle central que joue l’événement dans l’écosystème cinématographique d’ici. La Compétition Officielle seule regroupait 52 films, dont 24 productions québécoises — un record pour une édition anniversaire.
Les films présentés cette année
La sélection réservait plusieurs temps forts très attendus, des premières mondiales aux œuvres déjà remarquées ailleurs. Regard 2026 | Programmation – Le petit septième
Jazz infernal
Présenté en ouverture, Jazz infernal de Will Niava est un film d’une intensité remarquable. Lauréat du Prix du Jury Sundance 2026, il plonge le spectateur dans le tourbillon nocturne d’un jeune trompettiste ivoirien fraîchement débarqué à Montréal, tiraillé entre son ambition artistique et la réalité de sa nouvelle vie. Le réalisateur a construit un récit tendu autour d’un personnage en quête de reconnaissance dans un milieu musical exigeant. La direction photo et la trame sonore ont été particulièrement saluées par la critique.
Brute
Le public a pu assister à la première mondiale de Brute, le nouveau court métrage de Jeremy Comte (Fauve, 2018). Avec une photographie signée Kristof Brandl, reconnu pour son travail sur Dune et Falcon Lake, le film offre des images grandioses portées par une narration viscérale qui a littéralement coupé le souffle à la salle. Brute confirme le talent singulier de Comte, qui s’impose comme l’une des voix les plus originales du cinéma québécois.
Sara & Fatima et C’est ma sœur
Sara & Fatima de Romy Boutin St-Pierre, déjà sélectionné au Festival international du film de Rotterdam 2026, explore la rencontre improbable de deux femmes marocaines à travers un récit intime et lumineux. C’est ma sœur de Zoé Pelchat, présenté à la Berlinale 2026 et également en compétition jeunesse, a séduit le public par la richesse de sa bande sonore et la justesse de ses comédiennes. Ces deux œuvres ont été très bien reçues par le public présent.
Les membres du jury
Le jury de cette édition anniversaire réunissait cinq personnalités aux profils complémentaires : la comédienne Évelyne Brochu, connue notamment pour son rôle dans Orphan Black; la cinéaste Chloé Leriche; le photographe Vladim Vilain; Jing Haase, spécialiste de la promotion du court métrage; et Jasper Hokken, programmateur du festival de documentaire d’Amsterdam (IDFA). Cette diversité de regards — entre jeu, réalisation, photographie, promotion et programmation — a garanti une évaluation équilibrée et nuancée des œuvres en compétition.
Des talents de la région
Fidèle à son profond ancrage régional, REGARD a mis en vedette plusieurs talents saguenéens dans sa programmation. Anaë Bilodeau et Louis-Pierre Cossette ont présenté La tête en champ de bataille, un documentaire animé bouleversant dans lequel David, vétéran de 45 ans, partage son combat intérieur avec son frère cadet. Jérémy Gagnon a dévoilé Pique-nique, Thomas Dufour Les grandes roues, Mélanie Saint-Germain Au cœur du remous et Félix Bellefleur Perras.
La présence de ces cinéastes régionaux illustre un phénomène propre à REGARD : la plupart ont étudié à Montréal ou y vivent, mais ils tiennent à tourner leurs films dans leur Saguenay natal ou à y revenir. « C’est ici qu’on a appris à regarder le monde », confie l’un d’eux. Cette fidélité à la région nourrit les films autant qu’elle renforce les liens entre le festival et sa communauté.
Bien plus encore!
En dehors de la compétition principale, la programmation proposait plusieurs sections distinctives.
Tourner à tout prix
Cette section célèbre l’autoproduction et la débrouillardise créative : des films tournés avec des moyens limités, parfois avec des équipes réduites à leur plus simple expression, mais portés par une vision artistique forte et une volonté de raconter à tout prix.
100 % Régions
Ce programme met en valeur les cinéastes qui travaillent hors des grands centres urbains, en région au Québec ou ailleurs au Canada. Il démontre que le talent, l’originalité et la profondeur ne sont pas l’apanage de Montréal ou Toronto, et que les territoires périphériques nourrissent une cinématographie riche et distincte.
Short & Queer

Court métrage et identités LGBTQ+2AI se rejoignent dans cette programmation qui offre un espace de visibilité et de représentation essentiel au sein du festival. Les films présentés abordent avec audace et sensibilité des réalités souvent absentes des grands écrans.
Regards autochtones
L’un des programmes les plus attendus et les plus discutés du festival, Regards autochtones propose des perspectives cinématographiques issues des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Son prix porte désormais le nom d’Alanis-Obomsawin, pionnière du cinéma documentaire autochtone au Canada et figure incontournable de l’ONF, grâce à une collaboration avec l’Office national du film du Canada. Cette reconnaissance symbolique a été chaleureusement accueillie par la communauté cinématographique et par les cinéastes autochtones présents au festival.
Une atmosphère unique

Ce qui distingue REGARD des autres grands festivals de cinéma, c’est l’atmosphère chaleureuse et conviviale qui y règne. Les projections se tiennent dans plusieurs salles de la ville, et des enregistrements d’émissions de Radio-Canada ont lieu en direct sur place, transformant le centre-ville de Chicoutimi en véritable carrefour culturel pendant cinq jours.
Trente ans après ses débuts, l’événement reste à taille humaine, ancré dans son territoire, et toujours capable de rassembler des créateurs venus de partout et un public fidèle autour d’une passion commune. Festival Regard | Chicoutimi QC | Facebook
